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Chaque mois, on exhume un RPG que le temps a enterré trop vite. Pour inaugurer la rubrique, on ne pouvait pas viser plus haut : le jeu que beaucoup considèrent, presque trois décennies plus tard, comme le RPG le mieux écrit de l’histoire.
« Qu’est-ce qui peut changer la nature d’un homme ? »
Fin 1999, Black Isle Studios sort Planescape: Torment dans l’indifférence commerciale la plus totale. Même moteur que Baldur’s Gate, même vue isométrique — mais tout le reste prend le genre à contre-pied. Tu incarnes le Sans-Nom, un immortel couvert de cicatrices qui se réveille sur une table de morgue, amnésique, avec pour seul guide un crâne volant sarcastique nommé Morte. Chaque fois que tu meurs, tu te relèves — en ayant oublié qui tu étais.
Pas de dragon à tuer, pas de princesse, pas de monde à sauver. La quête, c’est toi : retrouver qui tu as été, et découvrir que tes incarnations passées étaient parfois des monstres. Tout le jeu tient dans une question que te pose une créature au début de l’aventure : « Qu’est-ce qui peut changer la nature d’un homme ? » Ta réponse, en fin de partie, n’est pas la même qu’au début. C’est ça, l’écriture de génie.
Pourquoi il a raté son époque
Trop bavard, trop bizarre, trop sombre pour 1999 : des centaines de milliers de mots de dialogue à une époque où l’on voulait du hack’n’slash à la Diablo. Le décor Planescape — Sigil, la ville-anneau aux portes infinies, ses factions philosophiques, sa Dame des Douleurs — n’avait rien des Royaumes Oubliés rassurants. Résultat : un four commercial, et un studio qui n’aura jamais sa suite.
Y jouer en 2026, ça donne quoi ?
Bonne nouvelle : l’Enhanced Edition (2017) tourne partout, y compris sur Steam Deck et mobile, avec une interface dépoussiérée. Le choc visuel des premiers instants passé — oui, c’est de l’isométrique de 1999 — l’écriture fait le reste. Prévois de lire. Beaucoup. C’est le prix d’entrée, et c’est aussi tout l’intérêt.
👉 Planescape: Torment Enhanced Edition se trouve régulièrement à moins de 5 € sur Instant Gaming — probablement le meilleur ratio chef-d’œuvre/prix de toute l’histoire du jeu vidéo.
Pour qui : ceux qui jouent pour l’histoire et l’écriture. À éviter si : tu veux de l’action nerveuse et détester lire. Verdict rétro : 27 ans après, toujours aucun jeu n’a répondu à sa question.