Deux nouvelles en une chez Hasbro, la maison mère de Donjons & Dragons et de Magic: The Gathering. D’un côté, le groupe vient d’annuler plusieurs jeux vidéo prévus pour 2028 et au-delà, en passant une dépréciation de 56 millions de dollars dans ses comptes. De l’autre, Magic vient de signer le premier trimestre à plus de 500 millions de dollars de son histoire. Les résultats du deuxième trimestre 2026, publiés le 21 juillet, racontent une entreprise qui gagne beaucoup d’argent avec le carton… mais qui recule sur sa grande ambition jeu vidéo. On décortique.
56 millions de dollars partis en fumée — et des jeux annulés
C’est écrit noir sur blanc dans le communiqué officiel : les résultats incluent « une dépréciation de 56 millions de dollars liée au portefeuille Digital Games recentré de l’entreprise pour 2028 et au-delà ». En clair : Hasbro a annulé plusieurs jeux vidéo qui devaient sortir à partir de 2028, et acte comptablement que l’argent investi dedans ne vaut plus ce qu’il valait. Interrogé par Kotaku, Hasbro confirme « avoir décidé de ne pas poursuivre certains projets Digital Games » — sans jamais nommer les jeux concernés.
Lesquels ? Mystère officiel. La presse spécialisée avance ses hypothèses — Kotaku pointe notamment le jeu G.I. Joe / Snake Eyes du studio Atomic Arcade (touché par des licenciements plus tôt cette année) et l’accord d’édition rompu en mai avec Giant Skull pour un jeu d’action-aventure D&D — mais ce sont des déductions de journalistes, pas des confirmations.
Exodus et Warlock ne sont pas morts
Bonne nouvelle pour les fans de RPG : d’après le call aux investisseurs (rapporté par Kotaku et le transcript de la conférence), les deux plus gros projets internes survivent. Exodus, le RPG de science-fiction d’Archetype Entertainment (le studio co-fondé par des vétérans de BioWare, dont James Ohlen, lead designer du Baldur’s Gate originel — il a depuis quitté la direction du studio fin 2025, tout en restant consultant), et Warlock, le jeu Donjons & Dragons d’Invoke Studios, sont toujours prévus pour 2027. Hasbro les décrit comme cochant toutes les cases de sa nouvelle grille : « gros potentiel d’audience, bon fit de genre, potentiel de franchise ».
Mais la stratégie autour a clairement changé de visage. Fini le discours « 1 milliard de dollars investi dans nos studios internes » martelé depuis 2022 : le PDG Chris Cocks a expliqué pendant le call que le groupe se tourne vers le co-développement et la co-édition avec des partenaires « à moindre coût », en se concentrant sur les jeux de cartes et les RPG tirés de ses propres licences. Sa formule : « Nous concentrons notre investissement digital sur les franchises, les plateformes et les partenaires où nous voyons le plus clair potentiel et où Hasbro a la plus forte légitimité à gagner. » Plus de 200 projets seraient en développement avec des partenaires externes, de Scopely (dont le Monopoly Go! serait en passe d’atteindre 8 milliards de dollars de revenus cumulés cette année, selon l’éditeur) à Ubisoft en passant par Gameloft.
Magic, la machine à cash qui écrase tout
Pendant que le jeu vidéo se fait tailler, le carton, lui, imprime des billets. Magic: The Gathering a généré 545,3 millions de dollars sur le seul deuxième trimestre, en hausse de 32 % — du jamais-vu en plus de trente ans. Le moteur : le set Marvel Super Heroes, dont Hasbro revendique « le lancement le plus record » de l’histoire du jeu, après un Secrets of Strixhaven déjà très solide. Chris Cocks parle d’un « flywheel qui tourne à plein régime », avec une croissance déjà en vue pour 2027.
Résultat : le segment Wizards of the Coast & Digital Gaming pèse désormais 663,8 millions de dollars sur le trimestre (+27 %), avec une marge opérationnelle de 41 % — et ce malgré la dépréciation de 56 M$ absorbée dans ce même segment. Le groupe entier en profite : Hasbro relève sa guidance 2026 (chiffre d’affaires attendu en hausse de 5 à 7 %, contre 3 à 5 % précédemment). À noter aussi : la cyberattaque subie fin mars a coûté 11 M$ de frais directs et environ 25 M$ d’impact sur le chiffre d’affaires du groupe (la perturbation ayant surtout touché les produits de consommation), mais l’activité est revenue à la normale.
Ce que ça dit de l’industrie
Le mouvement de Hasbro s’inscrit dans une tendance lourde : après des années d’investissements massifs, les géants du divertissement réduisent la voilure sur le développement interne de jeux AAA — on l’a vu avec les vagues de licenciements chez Xbox début juillet. Hasbro revient en pratique au modèle qui lui a le mieux réussi : licencier ses marques aux meilleurs studios (le triomphe de Baldur’s Gate 3 chez Larian, Monopoly Go! chez Scopely) plutôt que de tout construire en interne. Pour les joueurs, l’essentiel est ailleurs : les deux RPG les plus attendus de la maison arrivent toujours en 2027, et on suivra de près leurs premières vraies présentations. Rendez-vous, peut-être, à la Gen Con la semaine prochaine — Wizards y promet une keynote « vision » sur l’avenir de D&D.
Questions fréquentes
Quels jeux vidéo Hasbro a-t-il annulés ?
Hasbro ne les a pas nommés. Le communiqué officiel évoque une dépréciation de 56 M$ liée au « portefeuille Digital Games recentré pour 2028 et au-delà », et l’entreprise a confirmé à la presse avoir arrêté « certains projets » sans donner de titres. Les noms qui circulent sont des hypothèses de journalistes.
Exodus et le jeu D&D Warlock sont-ils annulés ?
Non. D’après le call aux investisseurs du 21 juillet, les deux jeux sont toujours en développement et prévus pour 2027.
Pourquoi Magic: The Gathering bat-il des records ?
Le set Marvel Super Heroes a signé le meilleur lancement de l’histoire du jeu selon Hasbro, après un Secrets of Strixhaven déjà très performant. Résultat : 545,3 M$ de revenus sur le trimestre (+32 %), premier trimestre au-dessus des 500 M$ en plus de 30 ans.
Hasbro abandonne-t-il le jeu vidéo ?
Non, mais la stratégie change : moins de gros développements internes après 2026, plus de co-développement et de licences avec des studios partenaires, en priorité sur les jeux de cartes et les RPG tirés des licences maison (D&D, Magic, Transformers…).