Il y a deux phrases, sur la page de campagne des Noces de Belzébuth, qu’on n’a pas l’habitude de voir écrites noir sur blanc dans le jeu de rôle français. La première dit que tout sera fabriqué dans l’Union européenne. La seconde dit que rien, dans ce livre, ne devra quoi que ce soit à l’IA générative.
Le reste, c’est une campagne d’enquête lovecraftienne de 280 pages minimum, un mariage qui tourne mal à Bath dans le Maine au printemps 1920, et un éditeur français qui franchit une étape : Walpurgis Éditions publie le premier grand scénario de son jeu maison, Les Chants de Tindalos. Entendons-nous bien sur les mots : c’est la première campagne de jeu pour ce JDR, pas la première campagne de financement de l’éditeur — le jeu de base avait lui-même été financé sur la même plateforme, du 19 septembre 2024 au 3 mars 2025, pour 34 725 € auprès de 287 souscripteurs, soit 1 389 % de son objectif (source : la boutique de l’éditeur sur GameOnTabletop). La souscription des Noces de Belzébuth, elle, est ouverte jusqu’au 2 novembre 2026.
Les Noces de Belzébuth est la première campagne de jeu pour Les Chants de Tindalos, le JDR horrifique de Walpurgis Éditions, en financement participatif sur GameOnTabletop du 17 septembre 2026 à 20 h au 2 novembre 2026.
2 à 6 joueurs, 25 à 50 heures de jeu annoncées, à Bath (Maine), printemps 1920.
Structure annoncée : une quarantaine de « rêves » jouables comme autant de mini-scénarios, un tirage du Tarot de Marduk qui détermine le rêve joué et la présence de la menace, une campagne non linéaire.
Contenu annoncé : livre A4 couverture rigide d’au moins 280 pages couleur, Tarot de Marduk (21 ou 24 cartes), 6 livrets de personnages, une pochette d’indices.
L’éditeur s’engage sur une fabrication exclusivement dans l’Union européenne et sans aucun recours à l’IA générative.
Au 21 septembre : 10 649 € collectés pour un objectif de 2 500 €, soit 426 %, avec 97 souscripteurs, et 5 paliers débloqués sur les 10 annoncés. Prochain palier : 12 500 €. Ces chiffres bougent.
Livraison annoncée : dernier trimestre 2027, et au plus tard Noël 2027 selon l’éditeur.
D’abord, de quoi on parle
Les Chants de Tindalos, c’est un jeu de rôle français édité par Walpurgis Éditions, que son site décrit comme « enraciné dans l’univers horrifique du Mythe de Cthulhu », dans le sillage de l’œuvre de H. P. Lovecraft. Rien d’inattendu sur le papier — le Mythe est un terrain très fréquenté. Ce qui l’est moins, c’est la trajectoire du projet.
Il est né en 2020, et pas sous la forme d’un manuel : sous celle d’« une ambitieuse campagne d’une semaine » plongeant les joueurs dans « une ville au réalisme soigné, comprenant des centaines de personnages et de nombreuses intrigues ». Le jeu est donc parti d’un scénario-fleuve et d’une ville, et il s’est construit autour, avec ce que l’éditeur appelle « des mécaniques pensées pour guider le roleplay des joueurs dans un contexte d’horreur et d’investigation ».
Depuis juin 2025, la gamme est dans le commerce — l’éditeur indique être distribué par Novalis : manuel tout-en-un, écran de jeu, decks de cartes, Who’s Who, artbook. Sur la taille du manuel, prudence : la page de l’éditeur reprend une critique qui parle d’un « épais grimoire de 540 pages » — une citation, pas une fiche technique, même si Le Grog donne le même chiffre en caractéristique produit.
Un mariage, un témoin, un coup de téléphone
Le pitch des Noces de Belzébuth tient en trois lignes et il est bon. Eliott Brighten, jeune notable, ne se présente pas à l’autel le jour de son mariage. La veille au soir, alors qu’il discutait avec son témoin, un étrange coup de téléphone l’a fait partir sur-le-champ. Il n’est jamais revenu.
À partir de là, la campagne se déroule principalement à Bath, dans le Maine, au printemps 1920 — une vraie petite ville portuaire de la Nouvelle-Angleterre, ce qui colle assez précisément à la géographie mentale du Mythe. Mais l’enquête ne reste pas sur place. Elle part en incursions dans Madagascar ancienne, dans Babylone sous Nabuchodonosor II, dans l’Irlande médiévale, dans le Bath des premiers colons et dans celui des années 1910.
C’est là que ça devient intéressant pour un MJ. Cinq époques additionnelles, dont deux qui sont la même ville à d’autres moments de son histoire : la structure annonce une enquête qui creuse verticalement dans le passé d’un lieu plutôt qu’horizontalement dans une liste d’indices.
Quarante rêves et un tirage de cartes
L’articulation, elle, est décrite sur la page de campagne — et c’est sans doute ce qu’il y a de plus singulier dans le projet. La campagne se compose d’une quarantaine de « rêves », chacun jouable comme un mini-scénario autonome. Et c’est le tirage du Tarot de Marduk qui détermine quel rêve se joue et si la menace y est présente.
Conséquence directe : la campagne est non linéaire. Pas une trame en dix chapitres qui se déroule dans l’ordre, mais un réservoir de séquences dont l’enchaînement se décide à la table, au tirage. Pour un MJ, c’est un choix structurel assumé : deux tables ne vivront pas la même campagne.
L’éditeur annonce en plus des PLP spéciales personnalisées et tout un appareil d’enquête : cartes mentales, plans, fiches suspect, propositions de déroulé.
Ce qu’il y a dans la boîte
Le contenu annoncé, tel qu’il figure sur la page de campagne :
- Le livre de campagne : format A4, couverture rigide, au moins 280 pages en couleur, avec marque-page.
- Le Tarot de Marduk : 21 ou 24 cartes au format tarot, dans leur boîte — la page annonce l’une ou l’autre valeur, pas une fourchette.
- Six livrets de personnages joueurs : format A5, couverture souple, au moins 16 pages en noir et blanc chacun.
- Une pochette d’indices : format A4, au moins 20 pages en couleur, dans une pochette cartonnée.
Note la formulation « au moins » : elle vient de l’éditeur et sous-entend que la pagination finale dépendra des paliers atteints. Six livrets pour une table annoncée de 2 à 6 joueurs, et des indices physiques : on est sur de la campagne à matériel, celle où tu poses un document sur la table au lieu de le décrire.
« Fabriqué dans l’UE, sans IA générative » : pourquoi ça pèse maintenant
Walpurgis écrit sur sa page de campagne que la production se fera exclusivement dans l’Union européenne et sans aucun recours à l’IA générative. Il faut le prendre pour ce que c’est : un engagement d’éditeur, affiché par lui, sur sa propre page. Ce n’est pas une certification vérifiée par un tiers, et on n’a aucun moyen de l’auditer.
Cela dit, l’engagement en lui-même est un signal. Depuis deux ans, la question de l’image générée s’est invitée dans à peu près toutes les discussions de financement participatif JDR, et beaucoup d’éditeurs préfèrent ne rien dire. Écrire noir sur blanc « aucun recours à l’IA générative », c’est accepter d’être pris au mot, sans pouvoir nuancer ensuite. Même chose pour la fabrication européenne, qui a un coût réel face à une impression asiatique.
Où en est la campagne
La campagne a ouvert le 17 septembre 2026 à 20 h sur GameOnTabletop et court jusqu’au 2 novembre 2026. Au moment où nous écrivons ces lignes, le 21 septembre 2026, elle affiche 10 649 € collectés pour un objectif de 2 500 € — soit 426 % — auprès de 97 souscripteurs, avec 5 paliers débloqués sur les 10 annoncés. Le prochain palier est à 12 500 €.
Ces chiffres sont ceux d’un instantané. Ils auront bougé quand tu liras ces lignes, et il faut les considérer comme tels, pas comme un total final. La date de clôture, en revanche, est fixe : tu as jusqu’au 2 novembre 2026. Pour le détail des contreparties et de leurs prix, que nous ne reproduisons pas ici, c’est sur la page officielle que ça se passe.
La livraison est annoncée pour le dernier trimestre 2027, et au plus tard pour Noël 2027 selon la FAQ de l’éditeur.
1. Ce n’est pas un jeu complet, c’est une campagne pour un jeu existant. La page de campagne ne l’écrit pas noir sur blanc, alors prends la suite pour ce qu’elle est — notre déduction, pas une information sourcée : Les Noces de Belzébuth est une campagne pour un JDR déjà publié, donc pars du principe qu’il te faudra le manuel des Chants de Tindalos, et que ton budget réel n’est pas celui affiché sur la page. En sens inverse, l’éditeur précise deux choses, celles-là écrites explicitement et utiles à l’achat : le Tarot de Marduk n’est pas nécessaire pour jouer, et on peut se passer des livrets de personnages joueurs.
2. Livraison annoncée pour le dernier trimestre 2027, au plus tard Noël 2027. Soit plus d’un an d’attente à compter d’aujourd’hui. Et une date de livraison en financement participatif reste une estimation : c’est le régime normal de ce mode de financement, pas un défaut propre à ce projet, mais tu contribues à un objet qui n’existe pas encore.
3. Ne lis pas « 426 % » comme un label de qualité. L’objectif est fixé à 2 500 €, ce qui est volontairement bas — pratique courante et parfaitement légitime, elle sert à déclencher la production vite. Mais mécaniquement, un objectif bas produit un pourcentage spectaculaire : il mesure l’écart à un seuil choisi par l’éditeur, ni la solidité du projet, ni la qualité du contenu, ni la capacité à livrer. Les paliers le disent mieux : au 21 septembre, 5 sont débloqués et 5 restent verrouillés sur les 10 annoncés, donc la moitié du contenu bonus n’est pas encore acquise. Regarde le montant, le nombre de souscripteurs, les paliers franchis et ce qu’il y a dans la boîte — pas le pourcentage.
Ce qui est vraiment dans la boîte, ce qu’il faut déjà posséder pour jouer, et les chiffres remis dans leur contexte.
Rejoindre la newsletter
Sources : le site officiel des Chants de Tindalos (Walpurgis Éditions), lu le 21 septembre 2026 (nature et origine du jeu, date de sortie commerciale, gamme, distribution annoncée, citation de critique sur la pagination du manuel, formulation « notre première campagne ») ; la page officielle de la campagne sur GameOnTabletop, lue le 21 septembre 2026 (format de jeu, cadre, pitch, structure en « rêves » et rôle du Tarot, contenu annoncé, engagement de fabrication, chiffres de collecte et paliers, dates d’ouverture et de clôture — du 17 septembre 2026 à 20 h au 2 novembre 2026 —, livraison annoncée) — l’éditeur en propose le raccourci walpurgis.fr/ndb ; la boutique de Walpurgis Éditions sur GameOnTabletop, lue le 21 septembre 2026 (campagne de financement antérieure du jeu de base, du 19 septembre 2024 au 3 mars 2025 : 34 725 € auprès de 287 souscripteurs, soit 1 389 % de l’objectif). Recoupements secondaires : Le Grog, article du 20 septembre 2026, et sa fiche produit des Chants de Tindalos. Les chiffres de collecte et de paliers sont un relevé daté du 21 septembre 2026, re-vérifié sur la page officielle le soir même, et évoluent en continu. Nous ne reproduisons ni les prix des contreparties ni les frais de port : ils sont à lire sur la page officielle. Visuel © Walpurgis Éditions. Aucun lien de cet article n’est affilié.
FAQ
Qu’est-ce que Les Noces de Belzébuth ?
C’est la première campagne de jeu pour Les Chants de Tindalos, le jeu d’horreur et d’investigation de Walpurgis Éditions inspiré du Mythe de Cthulhu. L’éditeur la présente comme « la première campagne des Chants de Tindalos » : il s’agit du premier grand scénario pour ce JDR, et non de la première campagne de financement de l’éditeur, le jeu de base ayant lui-même été financé du 19 septembre 2024 au 3 mars 2025. Elle est prévue pour 2 à 6 joueurs, avec une durée annoncée de 25 à 50 heures, et se déroule principalement à Bath, dans le Maine, au printemps 1920, avec des incursions dans Madagascar ancienne, Babylone sous Nabuchodonosor II, l’Irlande médiévale, le Bath des premiers colons et le Bath des années 1910. Elle se compose d’une quarantaine de « rêves » jouables comme autant de mini-scénarios, dans un déroulé non linéaire : le tirage du Tarot de Marduk détermine quel rêve se joue et si la menace est présente.
Faut-il posséder Les Chants de Tindalos pour jouer aux Noces de Belzébuth ?
La page de campagne ne le précise pas noir sur blanc, mais il s’agit d’une campagne pour un jeu de rôle existant et non d’un jeu complet et autonome : il faut donc partir du principe que le manuel des Chants de Tindalos est nécessaire. C’est notre déduction, pas une information écrite par l’éditeur. En revanche, l’éditeur indique explicitement que le Tarot de Marduk n’est pas nécessaire pour jouer et qu’on peut se passer des livrets de personnages joueurs. Les Chants de Tindalos est disponible dans le commerce depuis juin 2025, avec un manuel tout-en-un, un écran de jeu, des decks de cartes, un Who’s Who et un artbook ; l’éditeur indique être distribué par Novalis.
Où en est la campagne de financement et quand se termine-t-elle ?
La campagne a ouvert le 17 septembre 2026 à 20 h sur GameOnTabletop et se termine le 2 novembre 2026. Au 21 septembre 2026, elle affichait 10 649 € collectés pour un objectif de 2 500 €, soit 426 %, auprès de 97 souscripteurs, avec 5 paliers débloqués sur les 10 annoncés et un prochain palier à 12 500 €. Ces chiffres évoluent en permanence. Le détail des contreparties et de leurs prix est à lire sur la page officielle de la campagne.
Que contient Les Noces de Belzébuth et quand est-ce livré ?
Le contenu annoncé comprend un livre de campagne A4 à couverture rigide d’au moins 280 pages en couleur avec marque-page, le Tarot de Marduk (21 ou 24 cartes au format tarot avec leur boîte), six livrets de personnages joueurs A5 à couverture souple d’au moins 16 pages en noir et blanc, et une pochette d’indices A4 d’au moins 20 pages en couleur dans une pochette cartonnée, ainsi que du matériel d’enquête : cartes mentales, plans, fiches suspect et propositions de déroulé. L’éditeur s’engage sur une fabrication exclusivement dans l’Union européenne et sans aucun recours à l’IA générative. La livraison est annoncée pour le dernier trimestre 2027, et au plus tard pour Noël 2027.