Fallout, c’est l’histoire d’un miracle en trois actes : un RPG isométrique culte né chez Interplay en 1997, une licence laissée pour morte puis rachetée par Bethesda pour 5,75 millions de dollars en 2007, et aujourd’hui un empire post-apocalyptique qui s’étend du jeu vidéo à la série télé en passant par la table de jeu. Si tu veux comprendre pourquoi un Vault Boy souriant est devenu l’une des mascottes les plus reconnaissables du jeu vidéo, remonte avec nous le fil des retombées.
1997 : la guerre ne meurt jamais
Quand Interplay sort Fallout: A Post Nuclear Role Playing Game en 1997, le RPG occidental sur PC vit une période creuse. Fallout arrive avec une proposition radicale : un monde dévasté par une guerre nucléaire, filtré par l’imaginaire rétrofuturiste de l’Amérique des années 50 — publicités pimpantes, jingles guillerets, optimisme atomique — et regardé avec un humour très noir. Tu incarnes un habitant d’abri (un « Vault Dweller ») envoyé à la surface, et le jeu te laisse une liberté rare : la diplomatie, la ruse ou la violence sont des chemins également valables.
Sous le capot, le système S.P.E.C.I.A.L. (Strength, Perception, Endurance, Charisma, Intelligence, Agility, Luck) structure des personnages réellement différents d’une partie à l’autre. Héritier spirituel de Wasteland, le RPG post-apo antérieur d’Interplay, Fallout impose d’emblée son ton : les fins multiples réagissent à tes choix, et certaines de tes bonnes actions tournent mal quand même. Le jeu de rôle papier n’est pas loin — les créateurs du jeu ont toujours assumé cette filiation avec le JDR sur table.
Le succès critique est immédiat, et Fallout 2, développé par Black Isle Studios, la division RPG d’Interplay, prolonge la formule dès l’année suivante avec un monde plus vaste et encore plus mordant.
2000-2004 : la chute d’Interplay, la licence à l’abandon
Le début des années 2000 est cruel pour Interplay. Les difficultés financières s’accumulent, Black Isle Studios est démantelé, et le « vrai » Fallout 3 en développement à l’époque ne verra jamais le jour. La licence semble condamnée à rejoindre le cimetière des grandes séries PC des années 90.
C’est là qu’intervient un acteur inattendu : Bethesda Softworks, alors surtout connu pour la saga The Elder Scrolls. En 2004, le studio obtient d’Interplay une licence pour développer et publier Fallout 3. Puis, en avril 2007, Bethesda rachète purement et simplement la propriété intellectuelle Fallout pour 5,75 millions de dollars — une somme presque dérisoire au regard de ce que la licence pèse aujourd’hui. Interplay ne conservait alors que le droit de développer un MMO Fallout, un projet qui n’aboutira jamais.
2008 : Bethesda fait exploser la bombe
Fallout 3 sort le 28 octobre 2008 en Amérique du Nord et fin octobre en Europe, sur Xbox 360, PlayStation 3 et PC. Le pari est énorme : transformer un RPG isométrique au tour par tour en jeu d’action-RPG à la première personne, dans un monde ouvert en 3D — les terres dévastées de Washington D.C. Les puristes grincent des dents, mais le résultat est un triomphe commercial et critique qui fait entrer Fallout dans la cour des très grandes licences. Le système V.A.T.S., qui fige l’action pour cibler des parties du corps, fait le pont entre l’héritage tour par tour et le temps réel.
2010 : New Vegas, le retour aux sources
Deux ans plus tard, le 19 octobre 2010 en Amérique du Nord (quelques jours plus tard chez nous), Fallout: New Vegas débarque, développé par Obsidian Entertainment et édité par Bethesda. Obsidian compte dans ses rangs des vétérans des Fallout originels, et ça se sent : systèmes de factions ramifiés, dialogues à tiroirs, choix moraux poisseux. Pour beaucoup de fans, New Vegas reste à ce jour le sommet narratif de la série moderne — le chaînon parfait entre l’esprit d’Interplay et la formule Bethesda.
2015-2018 : le blockbuster et la tempête
Fallout 4, annoncé en juin 2015 puis daté dans la foulée à l’E3, sort le 10 novembre de la même année sur PC, PS4 et Xbox One, et pousse la série vers le grand public : construction de colonies, gunfights nerveux, protagoniste doublé. Le jeu est un carton, même si une partie des rôlistes regrette des dialogues simplifiés.
Puis vient Fallout 76, lancé le 14 novembre 2018 : un Fallout entièrement en ligne, sans PNJ humains à sa sortie. Le lancement est chaotique — bugs, polémiques, éditions collector contestées — et reste un cas d’école de démarrage raté. Bethesda s’accroche pourtant, enchaîne les mises à jour massives, et le jeu finit par retrouver une communauté fidèle. La leçon vaut pour toute l’industrie : un jeu-service peut se relever, mais la première impression coûte très cher.
Depuis 2021 : Microsoft, la série télé et la table de jeu
En 2021, Microsoft finalise le rachat de ZeniMax Media, maison mère de Bethesda, pour environ 7,5 milliards de dollars : Fallout devient une licence Xbox. Mais le vrai coup de projecteur vient d’ailleurs : la série Fallout de Prime Video, lancée en avril 2024, est un succès mondial qui ramène des millions de curieux vers les jeux. La saison 2, diffusée du 17 décembre 2025 au 4 février 2026, met le cap sur New Vegas, et une saison 3 est déjà commandée. Bethesda a d’ailleurs officialisé des remasters de Fallout 3 et New Vegas — on t’en parle en détail dans notre article sur la roadmap Fallout de Bethesda.
Et la boucle est bouclée côté table : l’éditeur britannique Modiphius édite sous licence officielle Bethesda le jeu de figurines Fallout: Wasteland Warfare et un jeu de rôle papier motorisé par son système 2d20. Le RPG vidéo inspiré du JDR papier est redevenu… un JDR papier. La deuxième édition de Wasteland Warfare est d’ailleurs en approche.
Par où (re)jouer aujourd’hui ?
Les Fallout modernes tournent sur à peu près tout : consoles de salon, PC, et particulièrement bien sur machines portables — si tu hésites sur le support, jette un œil à notre guide Steam Deck : bon investissement pour les RPG ? et à notre comparatif quelle console choisir pour jouer aux RPG. Les deux premiers épisodes, eux, se trouvent facilement en dématérialisé sur PC pour quelques euros en promo.
Questions fréquentes
Faut-il jouer aux Fallout dans l’ordre ?
Non. Chaque épisode raconte une histoire indépendante, dans une région différente des États-Unis. Seuls l’univers, la chronologie de fond et quelques factions (l’Enclave, la Confrérie de l’Acier) relient les jeux. Tu peux commencer par n’importe quel épisode moderne sans rien rater d’essentiel.
Qui possède Fallout aujourd’hui ?
La licence appartient à Bethesda Softworks depuis son rachat à Interplay en 2007, et Bethesda appartient elle-même à Microsoft depuis le rachat de sa maison mère ZeniMax, finalisé en 2021. Les jeux restent toutefois multiplateformes pour l’essentiel du catalogue existant.
Existe-t-il un Fallout sur table ?
Oui, deux : le jeu de figurines Fallout: Wasteland Warfare et le jeu de rôle Fallout sur système 2d20, tous deux édités par Modiphius sous licence officielle. De quoi faire découvrir les terres dévastées à ta table de JDR entre deux sessions vidéo.
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