Asmodee — l’un des grands noms mondiaux de l’édition et de la distribution de jeux de société — a publié son rapport trimestriel pour la période avril-juin 2026. Le trimestre est excellent : +20,9 % de chiffre d’affaires, une marge qui bondit, un résultat net repassé dans le vert.
Et une seule ligne qui recule : les États-Unis.
Le trimestre, en chiffres
Le chiffre d’affaires net atteint 422,1 millions d’euros, contre 349,0 millions un an plus tôt. Soit +20,9 %, dont +20,2 % de croissance organique — le rapport chiffre l’effet de périmètre à 0,7 % et l’effet de change à 0,0 %. Autrement dit, la hausse vient de l’activité, pas d’une acquisition ni du taux de change.
La rentabilité suit, et plutôt violemment. L’EBITDA ajusté passe de 39,9 à 61,9 millions d’euros, soit une marge de 14,7 % contre 11,4 %. Le free cash flow après impôts et loyers monte à 37,5 millions (contre 24,7). Le résultat de la période repasse à +17,0 millions d’euros, après −1,6 million un an plus tôt.
Par catégorie de jeux :
- Jeux de plateau : 102,8 M€ (88,6) — +16,0 %
- Jeux de cartes à collectionner : 284,8 M€ (231,3) — +23,1 %
- Autres catégories : 34,5 M€ (29,1) — +18,6 %
Le détail vaut la peine d’être noté : les jeux de cartes à collectionner pèsent près de trois fois plus que les jeux de plateau chez Asmodee — 284,8 millions contre 102,8. Quand on parle de « l’industrie du jeu de société », c’est en réalité largement du TCG que l’on parle, en tout cas chez cet acteur-là.
Sur avril-juin 2026, Asmodee affiche 422,1 M€ de chiffre d’affaires (+20,9 %, dont +20,2 % organique) et un EBITDA ajusté de 61,9 M€ (marge 14,7 % contre 11,4 %). Les jeux de cartes à collectionner progressent de 23,1 %, les jeux de plateau de 16,0 %. Dans la ventilation du chiffre d’affaires par localisation de l’entité vendeuse, la France est le premier pays à 91,4 M€, devant le Royaume-Uni (65,6 M€) et l’Allemagne (56,6 M€) — la ligne de tête du tableau étant, elle, un agrégat, « Reste de l’Europe », à 120,8 M€. Les États-Unis, à 37,7 M€ contre 41,6 un an plus tôt, sont la seule des huit lignes à reculer.
La ventilation géographique — et ce qu’elle mesure vraiment
Voici les huit lignes publiées par le groupe pour avril-juin 2026 (entre parenthèses, le même trimestre de l’exercice précédent) :
- Reste de l’Europe : 120,8 M€ (92,6) — +30,5 %
- France : 91,4 M€ (78,4) — +16,6 %
- Royaume-Uni : 65,6 M€ (51,8) — +26,6 %
- Allemagne : 56,6 M€ (47,0) — +20,4 %
- États-Unis : 37,7 M€ (41,6) — −9,4 %
- Autres pays d’Amérique : 28,4 M€ (19,2) — +47,9 %
- Reste du monde : 20,2 M€ (17,4) — +16,1 %
- Suède : 1,3 M€ (1,1)
Maintenant, la précision qui change tout — et qu’on ne voit dans à peu près aucune reprise de ce rapport. Juste au-dessus de ce tableau, Asmodee écrit noir sur blanc, en anglais : « The following net sales are based on the seller’s location. » Ce n’est pas une ventilation par marché de consommation : c’est une ventilation par localisation de l’entité qui vend.
Concrètement, la ligne « France » ne mesure pas ce que les Français achètent. Elle mesure ce que les entités françaises du groupe facturent — ce qui inclut des ventes à l’export. La distinction n’est pas un détail de comptable : elle interdit d’écrire « la France est le premier marché d’Asmodee », affirmation qu’on a lue ailleurs et qui n’est pas soutenue par ce document.
Aggravant, et le rapport le signale lui-même : la reprise en direct de la distribution en France est devenue effective fin mai, dans le cadre de l’opération ATM Gaming. Un changement de canal de ce type gonfle mécaniquement la ligne « France » côté vendeur. Le groupe ne chiffre pas cet effet — donc nous non plus.
Ce tableau ne dit pas où sont les joueurs. Il dit d’où part la facture. Trois erreurs de lecture à éviter :
① « La France est le premier marché d’Asmodee » — non démontré par ce document, qui ventile par localisation du vendeur, et dont la ligne française est en plus affectée par la reprise en direct de la distribution fin mai.
② « Reste de l’Europe » n’est pas un pays. Cette ligne pèse 120,8 M€, plus que la France — mais elle agrège plusieurs pays et n’est donc pas comparable à une ligne nationale.
③ « États-Unis » n’est pas « Amérique du Nord ». En ajoutant les 28,4 M€ des autres pays d’Amérique, le continent américain remonte à environ 66 M€.
Ce qui reste solide, et c’est déjà beaucoup : les États-Unis sont la seule des huit lignes à reculer, d’environ 9,4 % sur un an.
Pourquoi les États-Unis reculent
Sur ce point, le rapport donne la cause, et il la donne deux fois : dans le commentaire du directeur général et dans la revue financière. Le verbatim, identique aux deux endroits : « offset by the timing of the latest STAR WARS™: Unlimited set release reflecting a shift in sales recognition from the first quarter last year into the second quarter this year » — soit, en traduction libre, un effet de calendrier sur la dernière extension de Star Wars: Unlimited, dont la reconnaissance de chiffre d’affaires s’est déplacée du premier trimestre de l’an dernier au deuxième trimestre de cette année.
Attention à la mécanique exacte : le rapport décrit un effet de base — la sortie était en T1 l’an dernier, elle est en T2 cette année. Ce n’est pas exactement la même chose qu’un chiffre d’affaires « repoussé ». Et dans le rapport, cet effet est rattaché à une catégorie mondiale, pas spécifiquement aux États-Unis.
Ce que le rapport ne donne pas, c’est le montant. Il vient d’ailleurs : lors de la conférence téléphonique avec les analystes, et c’est ICv2 qui l’a rapporté le 9 août 2026, en évoquant environ 11,5 millions de dollars de ventes de jeux de cartes à collectionner déplacées du trimestre avril-juin vers le trimestre juillet-septembre. Deux précisions honnêtes à ce sujet : ce chiffre vient de la conférence, pas du document publié ; et ICv2 indique lui-même que les montants de son article sont convertis depuis l’euro au taux du jour. Le montant d’origine est donc en euros, autour de 10 millions.
Si l’explication tient, le recul américain est en bonne partie un décalage comptable, pas une désaffection du public. On le saura au trimestre suivant : soit juillet-septembre rattrape, soit le problème est ailleurs. On attend le rapport plutôt que de trancher aujourd’hui.
Un chiffre qui nuance l’enthousiasme français
Puisqu’on est dans l’honnêteté sur les chiffres, allons au bout.
La France est le premier pays du tableau, mais elle est aussi l’une des lignes les moins dynamiques : +16,6 %, contre +20,9 % pour le groupe. Le Royaume-Uni fait +26,6 %, le « Reste de l’Europe » +30,5 %, les autres pays d’Amérique +47,9 %. Trois lignes sur huit progressent de moins de 20 % : la France, le « Reste du monde » (+16,1 %) et la Suède (+18,2 %).
Autrement dit : la France est grosse, mais elle n’est pas ce qui accélère le plus. C’est exactement le genre de nuance qui disparaît quand on ne regarde que le classement.
Ce qui a fait le trimestre, côté boîtes
Le directeur général, Thomas Kœgler, cite dans le rapport les titres qui ont porté la période. On les liste tels qu’écrits, sans classement de notre part :
- CATAN On the Road
- Dobble® / Spot-It!® Bluey
- dnup
- The Lord of the Rings™: Fate of the Fellowship™
- Cozy Stickerville
- les extensions d’Harmonies et de HEAT
- Arkham Horror: The Card Game
- Star Wars: Legion
- les accessoires Gamegenic pour Magic: The Gathering
- Speed Bac / Quickstop et Pili Pili, arrivés avec ATM Gaming
Côté finances pures : l’acquisition d’ATM Gaming a été finalisée début avril, avec effet au 8 avril. Moody’s, S&P et Fitch ont chacune relevé la note du groupe d’un cran en juillet. Une nouvelle ligne de crédit non garantie de 20 millions d’euros sur trois ans a été mise en place. Le ratio dette nette / EBITDA ressort à 1,7x après prise en compte des engagements d’acquisition (1,6x avant).
Ce que ça change pour toi, joueur
À court terme, rien sur ce que tu trouves en boutique. Mais deux enseignements utiles.
Le premier : le jeu de cartes à collectionner est le moteur, et de très loin — 284,8 millions contre 102,8 pour le jeu de plateau. Quand tu vois un éditeur pousser une gamme TCG, ce n’est pas un caprice de marketing, c’est là qu’est l’argent.
Le second : la reprise en direct de la distribution française par le groupe, effective depuis fin mai, est une information concrète pour les boutiques et, en bout de chaîne, pour les délais et les disponibilités. Le rapport ne dit rien de ses effets sur les prix — donc nous non plus.
Et pour situer l’ordre de grandeur : 422 millions d’euros sur trois mois, avec un rapport trimestriel, trois agences de notation et une conférence d’analystes. Le jeu de société n’est plus une niche. Ça se discute — ça ne se nie plus.
Rachats, résultats, coulisses des éditeurs : une fois par semaine, l’essentiel du JDR, du RPG vidéo et du jeu de société, sans bla-bla.
Questions fréquentes
Quel est le chiffre d’affaires d’Asmodee sur le trimestre avril-juin 2026 ?
422,1 millions d’euros, contre 349,0 millions sur le même trimestre de l’exercice précédent, soit une hausse de 20,9 % en publié dont 20,2 % de croissance organique. L’EBITDA ajusté ressort à 61,9 millions d’euros, pour une marge de 14,7 % contre 11,4 %, et le résultat de la période repasse à 17,0 millions d’euros après une perte de 1,6 million un an plus tôt.
La France est-elle le premier marché d’Asmodee ?
Ce n’est pas ce que dit le rapport. Le tableau où la France apparaît en tête, à 91,4 millions d’euros, est introduit par la mention que les ventes y sont réparties selon la localisation du vendeur, et non selon le marché de consommation. Le groupe signale par ailleurs que la reprise en direct de la distribution en France est devenue effective fin mai, ce qui affecte cette ligne. La formulation exacte est donc : la France est le premier pays de la ventilation par localisation de l’entité vendeuse, la ligne de tête de ce tableau étant un agrégat, Reste de l’Europe, à 120,8 millions d’euros.
Pourquoi les ventes d’Asmodee reculent-elles aux États-Unis ?
Les États-Unis passent de 41,6 à 37,7 millions d’euros, soit environ 9,4 % de baisse, et sont la seule des huit lignes du tableau à reculer. Le rapport en donne la cause à deux reprises : un effet de calendrier sur la dernière extension de Star Wars: Unlimited, dont la reconnaissance de chiffre d’affaires s’est déplacée du premier trimestre de l’an dernier au deuxième trimestre de cette année. Le montant, en revanche, ne figure pas dans le rapport : ICv2 l’a rapporté le 9 août 2026 depuis la conférence avec les analystes, à hauteur d’environ 11,5 millions de dollars, en précisant que ses montants sont convertis depuis l’euro au taux du jour.
Quelle catégorie de jeux rapporte le plus à Asmodee ?
Les jeux de cartes à collectionner, très largement : 284,8 millions d’euros sur le trimestre, en hausse de 23,1 %, contre 102,8 millions pour les jeux de plateau, en hausse de 16,0 %, et 34,5 millions pour les autres catégories. Parmi les titres cités par le groupe figurent CATAN On the Road, Dobble/Spot-It! Bluey, dnup, The Lord of the Rings: Fate of the Fellowship, Cozy Stickerville, les extensions d’Harmonies et de HEAT, Arkham Horror: The Card Game, Star Wars: Legion et les accessoires Gamegenic pour Magic: The Gathering.