© The Diana Jones Award committee (media pack officiel)
Chaque année, la veille de l’ouverture de la Gen Con, l’industrie du jeu se réunit à Indianapolis pour remettre un prix dont le site officiel rappelle lui-même qu’il a été décrit comme « le prix Nobel du jeu ». Il ne récompense pas forcément un jeu. En 2026, il n’en a d’ailleurs récompensé aucun.
Le Diana Jones Award for Excellence in Gaming 2026 est allé à Mischief Toy Store, une boutique de jouets et de jeux de St. Paul, dans le Minnesota. Pas un éditeur, pas un auteur, pas un best-seller : un magasin de quartier.
Ce que le comité a écrit, mot pour mot
L’annonce est publiée sur le site officiel du prix. Le comité y justifie son choix en une seule série de faits, sans détour. Voici sa formule d’ouverture :
« Le comité du Diana Jones Award a le plaisir d’annoncer que le prix 2026 revient à Mischief Toy Store, à St. Paul, dans le Minnesota. »
Suit un paragraphe qui explique pourquoi cette boutique-là. Le comité y détaille, dans l’ordre : les gros titres décrochés en 2020 quand le magasin a imposé le port du masque puis distribué gratuitement des panneaux de pelouse Black Lives Matter pendant les émeutes consécutives à la mort de George Floyd dans les Twin Cities ; l’attention nationale à nouveau obtenue en 2025 en rejoignant une action en justice contre les droits de douane américains ; puis, quelques heures après avoir critiqué l’ICE dans une interview télévisée nationale, un audit surprise auquel la boutique a résisté, sans transmettre les dossiers de ses employés au DHS. Le comité mentionne encore l’impression d’affiches « ICE OUT » et l’organisation d’un réseau d’amateurs d’impression 3D pour distribuer des milliers de sifflets d’alerte, la suspension des commandes en ligne, et un site web qui renvoyait les visiteurs vers des associations locales de défense des droits des immigrés.
La phrase de conclusion du comité, elle, ramène tout au jeu :
« Ils ont travaillé exceptionnellement dur pour faire de la place à tout le monde autour de la table de jeu, au milieu des bouleversements. »
Le Diana Jones Award 2026 a été remis à Mischief Toy Store (St. Paul, Minnesota), une boutique de jeux — et non à un jeu ou à un éditeur. La cérémonie s’est tenue à Indianapolis le mercredi 29 juillet 2026, lors du rassemblement annuel des professionnels du jeu de table qui sert de coup d’envoi officieux à la Gen Con. Les quatre autres finalistes étaient Molly House (Wehrlegig Games), Price Johnson (Cephalofair Games), Rob Wieland (auteur et journaliste, disparu en 2025) et Trench Crusade (Factory Fortress). Le prix existe depuis 2001 et est décerné par un comité majoritairement anonyme de plus de 50 professionnels du secteur.
Les quatre autres finalistes
Le comité précise avoir retenu cinq finalistes — le lauréat en fait partie — parmi « un ensemble long et éclectique de nommés ». Les quatre autres :
- Molly House, jeu de plateau de Jo Kelly avec Cole Wehrle et Ricky Royal, chez Wehrlegig Games. Les joueurs y incarnent les mollies du Londres du début du XVIIIe siècle, une communauté qui défiait les normes de genre. On y pioche des cartes de « vice » représentant gestes, désirs et rencontres réprouvés par l’oppressive Society for the Reformation of Manners — de quoi organiser des fêtes avec ses semblables, au prix de pots-de-vin, voire en devenant informateur secret contre sa propre communauté.
- Price Johnson, dirigeant de Cephalofair Games. En tant que directeur des opérations, il a mené la charge des éditeurs de jeux de table contre les droits de douane américains de 2025, multipliant les interviews nationales pour expliquer en quoi ces taxes menaçaient l’existence même de nombreuses entreprises du secteur. Il est depuis devenu PDG de Cephalofair.
- Rob Wieland, auteur de jeux et journaliste. Le comité salue un défenseur infatigable de toute la communauté du jeu de table, mentor pour d’innombrables autres, qui a porté le secteur auprès d’un public plus large via Forbes et d’autres publications — et qui animait régulièrement en convention des parties sur scène de The Extraordinary Adventures of Baron Munchausen au profit d’œuvres caritatives. Il est mort en 2025, à 47 ans.
- Trench Crusade, jeu d’escarmouche avec figurines de Mike Franchina, James Sherriff et Tuomas Pirinen, chez Factory Fortress. Un grimdark situé dans un 1914 alternatif où l’humanité combat les forces de l’Enfer depuis plus de 800 ans. Sur le plan de la conception, le comité y voit « un triomphe de communauté et de créativité », né des croquis et de l’univers de l’illustrateur Mike Franchina, rejoint ensuite par le sculpteur James Sherriff et le concepteur Tuomas Pirinen.
C’est quoi, au juste, le Diana Jones Award ?
Fondé et décerné pour la première fois en 2001, il récompense chaque année « la personne, le produit, l’entreprise, l’événement, le mouvement, le concept ou toute autre chose » qui a, selon son comité, le mieux incarné l’excellence dans le monde du jeu de loisir au cours de l’année écoulée. C’est le site officiel du prix lui-même qui rapporte le surnom de « prix Nobel du jeu ».
Le jury est un groupe majoritairement anonyme de plus de 50 professionnels du jeu de table : auteurs, éditeurs, créatifs, consultants. Le palmarès en dit long sur cette liberté de définition : on y trouve des figures de l’industrie comme Peter Adkison, Jordan Weisman ou Eric Lang, mais aussi les jeux de plateau Dominion et Les Aventuriers du rail, le jeu de rôle Fiasco, l’émission YouTube TableTop de Wil Wheaton — et même un concept pur : l’actual play, la pratique du jeu de rôle sur table diffusé en streaming.
Autrement dit : couronner une boutique n’est pas une anomalie, c’est la mécanique du prix qui fonctionne exactement comme prévu.
Ne confonds pas le Diana Jones Award avec les ENnie Awards. Les deux se jouent à Indianapolis à la même période, autour de la Gen Con, mais ce sont deux prix totalement différents : les ENnies sont un vote public, réparti en une vingtaine de catégories de jeu de rôle, avec de l’or et de l’argent ; le Diana Jones est un prix unique, choisi par un comité anonyme, ouvert à tout le champ du jeu de loisir — un jeu, une personne, une entreprise, ou même une idée. Un lauréat du Diana Jones n’a donc rien « gagné » aux ENnies, et inversement.
Pourquoi « Diana » Jones ? Parce qu’un logo a mal brûlé
Le nom du prix n’est pas un jeu de mots gratuit, et l’histoire est racontée noir sur blanc dans la FAQ officielle. Le trophée a été fabriqué au milieu des années 1980 par le bureau britannique de TSR Hobbies, pour commémorer l’expiration de la licence qui permettait à l’entreprise de publier le Indiana Jones Role-Playing Game — et la destruction consécutive de tous les exemplaires invendus. Le comité écrit que l’objet a été « libéré de TSR Hobbies par des forces non nommées » avant d’atterrir chez l’un de ses membres.
Concrètement : une pyramide à quatre faces en Perspex de dix centimètres de haut, montée sur socle en bois. Scellés à l’intérieur, les restes brûlés du dernier exemplaire du JDR Indiana Jones, dont deux figurines en carton de « Nazi™ » encore reconnaissables. Et à la question « Qui est Diana Jones ? », le comité répond :
« Personne. La seule partie visible du logo Indiana Jones à l’intérieur du trophée a brûlé de telle sorte qu’on y lit Diana Jones, et le prix tire son nom de là. »
Le comité assume complètement le symbole : un trophée qui incarne la destruction du dernier exemplaire de l’un des produits « les moins aimés et les moins regrettés » de l’industrie du jeu lui paraît un symbole adapté aux objectifs du prix.
Et ce trophée-là est toujours porté disparu
Une semaine environ avant la cérémonie 2021, le comité a appris que cette pièce unique avait été perdue par la poste. Alex Roberts, à l’origine du lauréat 2019, l’avait expédiée en septembre précédent à Maurice Broaddus, l’un des honorés de 2020 — le colis n’est apparemment jamais arrivé du Canada à Indianapolis. Trop de temps s’était écoulé pour retrouver un numéro de suivi. Le comité demande toujours publiquement qu’on le prévienne si quelqu’un remet la main dessus.
Il en tire lui-même la conclusion qui s’impose, et la référence est évidemment volontaire :
« Il est peu probable qu’il soit jamais récupéré. Peut-être repose-t-il aujourd’hui dans une caisse, quelque part dans un entrepôt, aussi oublié et aussi peu considéré que l’Arche d’alliance à la fin des Aventuriers de l’arche perdue. »
Un nouveau trophée, réalisé par The Game Crafter, a été présenté par Matt Forbeck lors de la cérémonie 2022. Selon les règles du prix, le lauréat peut le garder un an avant qu’il ne passe au lauréat suivant.
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Questions fréquentes
Qui a gagné le Diana Jones Award 2026 ?
Mischief Toy Store, une boutique de jouets et de jeux située à St. Paul, dans le Minnesota (États-Unis). Le comité l’a annoncé sur le site officiel du prix.
Quand et où s’est tenue la cérémonie 2026 ?
À Indianapolis, le mercredi 29 juillet 2026, lors du rassemblement annuel des professionnels de l’industrie du jeu de table qui sert de coup d’envoi officieux à la Gen Con.
Qui étaient les autres finalistes ?
Quatre autres finalistes étaient en lice : le jeu de plateau Molly House (Wehrlegig Games), Price Johnson de Cephalofair Games, l’auteur et journaliste Rob Wieland, disparu en 2025 à 47 ans, et le jeu de figurines Trench Crusade (Factory Fortress).
Quelle différence avec les ENnie Awards ?
Les ENnies sont un prix du public en une vingtaine de catégories consacrées au jeu de rôle, avec des médailles d’or et d’argent. Le Diana Jones est un prix unique, décerné par un comité majoritairement anonyme de plus de 50 professionnels, et ouvert à tout le champ du jeu de loisir : un jeu, une personne, une entreprise, un événement ou même un concept.