Le studio derrière Control, Alan Wake et Max Payne a publié ce mardi 11 août son rapport semestriel. Les chiffres piquent : -40 % de chiffre d’affaires sur le deuxième trimestre. Mais lus de près, ils racontent moins une chute qu’un studio qui a vidé ses poches dans une seule sortie — CONTROL Resonant, le 24 septembre.
Les chiffres, sans emballage
Tout ce qui suit vient du communiqué de bourse officiel de Remedy Entertainment Plc, publié le 11 août 2026 à 9 h (heure d’Helsinki). Chiffres non audités, comparatifs 2025 entre parenthèses.
- Deuxième trimestre (avril-juin 2026) : chiffre d’affaires de 10,2 M€ (16,9), soit -40,0 %. EBITDA à -2,4 M€ (4,2). Résultat opérationnel à -3,9 M€ (-0,5), soit une marge de -38,8 %.
- Premier semestre (janvier-juin 2026) : chiffre d’affaires de 23,3 M€ (30,3), soit -23,1 %. EBITDA positif à 0,5 M€ (6,8). Résultat opérationnel à -2,9 M€ (0,8).
- Trésorerie : 29,6 M€ de liquidités et placements (27,6), 11,8 M€ de trésorerie nette, un ratio de fonds propres de 65,3 %. Le flux de trésorerie d’exploitation du semestre est positif à 7,6 M€, contre -3,5 M€ un an plus tôt.
- Effectifs : 379 personnes en fin de période, contre 385 un an avant.
Remedy Entertainment a publié le 11 août 2026 son rapport semestriel : -40,0 % de chiffre d’affaires au T2 (10,2 M€) et -23,1 % sur le semestre (23,3 M€), avec un EBITDA semestriel encore positif (0,5 M€) mais un résultat opérationnel négatif (-2,9 M€). Deux causes assumées par le studio : une base de comparaison très haute (le lancement de FBC: Firebreak au T2 2025) et le marketing de CONTROL Resonant, monté en puissance comme prévu. Le jeu sort le 24 septembre 2026 — 59,99 € sur la boutique Steam française — et cumule plus de 1,5 million de listes de souhaits au 11 août. Autre chiffre notable du rapport : Alan Wake 2 a dépassé les 3 millions d’exemplaires vendus au cours du trimestre. Prévision 2026 inchangée : chiffre d’affaires et EBITDA annuels en hausse sur 2025.
Pourquoi -40 % ne veut pas dire ce que tu crois
C’est l’explication que donne Remedy, et elle tient la route : le trimestre auquel on compare, avril-juin 2025, contenait le lancement de FBC: Firebreak, avec ses premières comptabilisations liées aux accords d’abonnement. Comparer un trimestre sans sortie à un trimestre avec sortie, c’est comparer un mois de janvier à un mois de décembre en librairie.
Le détail par nature de revenus le montre bien. Les frais de développement — que le rapport rattache au remake de Max Payne 1&2, produit pour Rockstar Games, et à CONTROL Resonant — sont passés de 7,4 à 6,4 M€, une baisse modérée. Ce sont les ventes de jeux et royalties qui se sont effondrées : de 9,5 à 3,8 M€. Autrement dit, le catalogue tourne, mais il n’a pas eu de nouveauté à vendre.
L’autre moitié de l’équation est volontaire : les autres charges d’exploitation ont grimpé de 1,7 M€, pour atteindre 4,4 M€, « as the marketing for CONTROL Resonant ramped up ». Un studio qui dépense en publicité trois mois avant sa plus grosse sortie, ce n’est pas un accident comptable, c’est le plan.
Ce que le rapport dit de CONTROL Resonant
Le titre interne du communiqué est explicite : « CONTROL Resonant set to launch on September 24th ». Le nouveau CEO Jean-Charles Gaudechon, en poste depuis le 1er mars 2026, y livre plusieurs indicateurs :
- Plus de 1,5 million de listes de souhaits toutes plateformes confondues, chiffre daté du 11 août 2026 dans le texte même du rapport.
- Sur PlayStation, pendant la fenêtre de campagne qui a suivi l’ouverture des précommandes, le jeu se classe selon les données du studio parmi les trois jeux les plus précommandés aux États-Unis, en Allemagne et au Brésil.
- La date du 24 septembre a été dévoilée dans un trailer lors d’un State of Play en juin, suivi d’un second trailer au Summer Game Fest 2026. Ces diffusions ont levé l’embargo presse et déclenché les premières prises en main.
- Le studio note que le virage vers une action plus rapide et centrée sur le corps-à-corps a été « l’aspect le plus débattu » après l’annonce, et qu’il est depuis devenu « l’un des éléments les plus régulièrement salués ».
Sur le prix, Remedy reste au niveau du slogan : le jeu sera disponible « across all major platforms from day one » et « priced attractively for an AAA title ». Le seul montant que nous ayons vu publié officiellement, c’est celui de la fiche Steam française : 59,99 €, pour une sortie le 24 septembre 2026, éditée par Remedy elle-même.
Premier point : « toutes les grandes plateformes » n’est pas une liste. Remedy écrit « all major platforms from day one » sans en nommer aucune. Sur l’ensemble des 22 pages du rapport, la seule plateforme citée nommément est PlayStation — et uniquement à propos du classement des précommandes, jamais dans la phrase sur les plateformes de sortie. La fiche Steam, elle, ne documente que le PC sous Windows. Tu liras des listes de consoles ailleurs : elles ne viennent pas de ce document. Nous ne citons donc pas de plateforme que l’éditeur n’a pas écrite noir sur blanc.
Deuxième point : 1,5 million de listes de souhaits n’est pas 1,5 million de ventes. C’est un indicateur d’intérêt, gratuit à produire, et le studio le présente comme tel. De même, « parmi les trois jeux les plus précommandés » dans trois pays est un classement relatif : Remedy ne publie aucun volume de précommandes.
Troisième point : l’objectif annuel tient toujours, et c’est un pari. Remedy maintient sa prévision 2026 — chiffre d’affaires et EBITDA en hausse sur les 59,5 M€ de 2025 — alors que le semestre est à 23,3 M€. Autrement dit : tout repose sur le second semestre, donc sur une seule sortie. Les objectifs 2027 affichés (doubler le chiffre d’affaires de 2024, atteindre 30 % de marge d’EBITDA) sont des cibles stratégiques, pas des prévisions à court terme.
Alan Wake 2 franchit les 3 millions
C’est le chiffre qu’on aurait pu rater, glissé dans la partie « jeux sur le marché » : « Alan Wake 2’s lifetime sales exceeded 3 million copies during Q2. » Le jeu, sorti fin 2023 et longtemps cité comme l’exemple type du succès critique à la rentabilité douloureuse, a donc dépassé les 3 millions d’exemplaires vendus sur sa durée de vie, au cours du deuxième trimestre 2026.
Remedy précise aussi que sur ce trimestre, les royalties d’Alan Wake 2 et d’Alan Wake Remastered proviennent entièrement de ventes aux joueurs, sans aucune comptabilisation liée à un accord avec une plateforme. Et que Control, le premier du nom, a vu ses ventes progresser par rapport à l’an dernier — porté par les trailers et les précommandes de sa suite.
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Ce qu’il y a dans les tuyaux
Le tableau officiel des jeux en développement tient en trois lignes, et il est plus parlant qu’un long discours :
- CONTROL Resonant — éditeur : Remedy Entertainment, statut : production complète.
- « New project » — éditeur : Remedy, statut : préparation à la production. Pas de nom, pas de date, rien de plus.
- Remake de Max Payne 1&2 — éditeur : Rockstar Games, statut : production complète.
Deux jeux en production complète, un projet non annoncé qui approche du lancement de sa production : pour un studio de 379 personnes, c’est un carnet de commandes plutôt sain.
Notre avis, et on l’assume comme un avis
Le titre facile serait « Remedy dévisse ». Ce serait mal lire le document. Un studio qui sort un jeu tous les deux ans a mécaniquement des trimestres creux, et Remedy termine son semestre avec un EBITDA positif, un flux de trésorerie d’exploitation à +7,6 M€ — négatif sur le seul deuxième trimestre, à -0,7 M€ — et près de 30 M€ de liquidités. Ce n’est pas le bilan d’un studio en danger.
Ce qui est vrai, en revanche, c’est le niveau du pari. Remedy s’auto-édite sur CONTROL Resonant, elle a maintenu sa prévision annuelle de croissance alors que le semestre est en recul de 23 %, et elle sort dans une fenêtre d’automne que son propre CEO qualifie de « compétitive ». S’auto-éditer, c’est garder la marge — et prendre le risque en entier.
Le signal encourageant est ailleurs, dans une phrase qu’on lit peu dans les rapports financiers : le virage vers l’action au corps-à-corps, d’abord contesté, serait devenu l’un des points les plus salués. Un studio qui reconnaît que sa décision la plus risquée a d’abord divisé, puis convaincu, dit quelque chose sur sa manière de travailler. Réponse le 24 septembre.
FAQ
Quand sort CONTROL Resonant ?
Le 24 septembre 2026. La date figure dans le rapport semestriel officiel de Remedy du 11 août 2026 et sur la fiche Steam du jeu.
Combien coûte CONTROL Resonant ?
La boutique Steam française affiche 59,99 €. Remedy, dans son rapport, se contente d’écrire que le jeu est « priced attractively for an AAA title » sans donner de montant.
Remedy est-elle en difficulté financière ?
Le chiffre d’affaires recule de 40 % au deuxième trimestre et de 23,1 % sur le semestre, avec un résultat opérationnel négatif. Mais l’EBITDA semestriel reste positif (0,5 M€), le flux de trésorerie d’exploitation est positif (7,6 M€), et le studio dispose de 29,6 M€ de liquidités pour un ratio de fonds propres de 65,3 %. Remedy maintient par ailleurs sa prévision de croissance annuelle.
Combien Alan Wake 2 s’est-il vendu ?
Le rapport indique que les ventes cumulées d’Alan Wake 2 ont dépassé les 3 millions d’exemplaires au cours du deuxième trimestre 2026.