Le 10 août 2026, deux mouvements bien connus des joueurs — Stop Killing Games et Does It Play — ont annoncé leur soutien à une action collective néerlandaise contre Sony. L’annonce vient de l’organisation plaignante elle-même, une fondation de défense des consommateurs, et elle mérite qu’on s’y arrête : derrière l’habillage juridique, la question posée est celle qui revient dans toutes les discussions de joueurs depuis dix ans. Est-ce qu’on possède vraiment les jeux qu’on achète ?
• Stop Killing Games et Does It Play ont annoncé le 10 août 2026 leur soutien à l’action « Fair PlayStation » de la Stichting Massaschade & Consument contre Sony.
• L’action est néerlandaise : elle vise les résidents des Pays-Bas possédant une PS4 ou une PS5 et ayant acheté quelque chose sur le PlayStation Store depuis novembre 2013. L’inscription y est gratuite.
• Le grief allégué : les jeux dématérialisés PlayStation ne s’achètent que via le PlayStation Store, donc pas de concurrence — ce que l’organisation appelle la « Sony Tax ».
• Stop Killing Games est né en 2024, après l’extinction des serveurs de The Crew par Ubisoft. Son initiative citoyenne européenne a réuni 1,45 million de signatures vérifiées et débouché sur une audition au Parlement européen en avril 2026.
• La procédure n’en est pas à ses débuts : la première audience était fixée au 29 juin 2026 devant le tribunal de Midden-Nederland, sur la compétence du juge néerlandais et la recevabilité de la fondation. Nous n’avons pas trouvé de compte rendu de cette audience.
• Nous n’avons pas trouvé de réaction publique de Sony à cette annonce. Rien dans cet article ne présente sa position sur le dossier néerlandais.
Qui porte l’action, et contre quoi
L’action s’appelle « Fair PlayStation ». Elle est portée par la Stichting Massaschade & Consument, une fondation néerlandaise qui monte des actions collectives (son site en liste d’autres, contre ABN AMRO, Google et Klarna). Le communiqué du 10 août 2026 ouvre ainsi : « Stop Killing Games en Does It Play hebben vandaag hun steun uitgesproken voor de rechtszaak van Stichting Massaschade & Consument tegen Sony. »
Le point commun revendiqué entre les trois organisations tient en une ligne : « Beide organisaties strijden al jaren voor hetzelfde punt dat in deze zaak centraal staat: wie een game koopt, moet er ook echt eigenaar van zijn. » Hors guillemets : celui qui achète un jeu doit en être réellement propriétaire.
Le grief, tel que la fondation le formule, porte sur la position de Sony : « De Fair PlayStation-actie richt zich op het misbruik dat Sony maakt van haar machtspositie: digitale games zijn alleen via de PlayStation Store te koop, waardoor concurrentie ontbreekt en de prijzen kunstmatig hoog blijven dankzij de ‘Sony Tax’. » C’est une allégation de partie demanderesse, et le terme « Sony Tax » est de leur cru — pas un concept juridique.
La phrase qui résume le dossier
La présidente de la fondation, Lucia Melcherts, est citée nommément : « Geen schijfje betekent geen tweedehandsmarkt en geen alternatief voor de PlayStation Store. Vanaf 2028 bepaalt Sony wat een game kost en hoe lang je die mag gebruiken. Een prijs kan nooit eerlijk zijn als de koper geen eigendom en geen alternatief heeft. »
Hors guillemets, l’enchaînement est limpide : pas de disque, donc pas de marché de l’occasion et pas d’alternative au PlayStation Store ; et un prix ne peut jamais être équitable si l’acheteur n’a ni propriété ni solution de rechange. C’est l’argument central du dossier, et il est plus large que Sony : c’est celui qui vaut pour toutes les boutiques fermées.
Le « 2028 » de la citation, c’est Sony qui l’a fixé
Cette référence à 2028 n’est pas une projection de la plaignante : elle renvoie à une annonce officielle de Sony. Le 1er juillet 2026, le PlayStation.Blog publiait un billet signé Sid Shuman, « Senior Director, Sony Interactive Entertainment Content Communications », intitulé « Physical disc production ending in January 2028 for new games releasing on PlayStation consoles ».
Le texte : « As consumer preferences and the broader entertainment industry continue to shift away from physical discs to digital, physical game disc production for all new games releasing on PlayStation consoles will be discontinued starting January 2028. Following this date, new games will be available on PlayStation Store and at retailers in digital formats only. » Avec une précision qui compte pour ta ludothèque : « This transition has no impact on games that already released, or will be releasing, prior to January 2028 in disc format. »
Donc : à partir de janvier 2028, plus de production de disques pour les nouveaux jeux PlayStation ; les jeux déjà sortis, ou qui sortiront avant cette date, ne sont pas concernés. La fondation s’appuie sur ce calendrier ; la conclusion qu’elle en tire — « Vanaf 2028 bepaalt Sony wat een game kost en hoe lang je die mag gebruiken » — reste la sienne, pas celle de Sony.
Cette action ne te concerne pas si tu joues depuis la France. Elle est ouverte, selon la page officielle, à toute personne aux Pays-Bas possédant une PS4 ou une PS5 et ayant acheté quelque chose sur le PlayStation Store depuis novembre 2013. Il ne sert à rien de s’inscrire depuis l’Hexagone.
Deuxième point : les chiffres du dossier sont des allégations chiffrées par la plaignante, pas des constats de justice. Ils sont publiés sur le site de l’organisation, dans une actualité du 25 juin 2026 que nous avons lue : plus de 1,7 million de joueurs néerlandais concernés, un préjudice qui « kan oplopen tot » — peut atteindre — plus de 400 millions d’euros, une commission de 30 % prélevée sur chaque vente du PlayStation Store, et un écart de prix moyen de 47 % entre une version numérique et la même version sur disque. Ces montants viennent d’une étude économique commandée par la fondation elle-même (« economisch onderzoek in opdracht van de stichting »). Si tu vois passer ailleurs un chiffre plus précis — un montant à la décimale, un taux de commission « équitable » de comparaison —, il ne vient pas de ces pages : nous ne l’avons trouvé nulle part et nous ne le reprenons pas.
Troisième point : « Vanaf 2028 » est une phrase de la plaignante, mais le calendrier, lui, est bien de Sony. Sony a annoncé le 1er juillet 2026, sur son blog officiel, l’arrêt de la production de disques pour les nouveaux jeux à partir de janvier 2028. Ce que la plaignante en déduit — que Sony décidera seul du prix et de la durée d’usage d’un jeu — reste son interprétation, pas une déclaration de l’éditeur.
Quatrième point : une action collective n’est pas une décision de justice. À ce stade, il s’agit d’allégations portées par une partie. Rien n’est tranché.
Stop Killing Games, ce qu’en dit la fiche officielle
Pour les lecteurs qui découvriraient le mouvement, la page de la fondation en donne un résumé factuel : « Stop Killing Games werd in 2024 opgericht door YouTuber Ross Scott, nadat Ubisoft de servers van The Crew uitzette en de game daarmee onspeelbaar werd voor wie hem had gekocht. »
Le bilan revendiqué ensuite : « De beweging startte een Europees burgerinitiatief dat 1,45 miljoen geverifieerde handtekeningen ophaalde. In april 2026 leidde dat tot een hoorzitting in het Europees Parlement; de Europese Commissie moet nog met een inhoudelijke reactie komen. » Une initiative citoyenne européenne, 1,45 million de signatures vérifiées, une audition au Parlement européen en avril 2026 — et, à ce stade, pas encore de réponse de fond de la Commission européenne.
Détail qui parlera aux lecteurs français : la même page indique que l’organisation a déposé des plaintes auprès des autorités de protection des consommateurs « in Frankrijk, Duitsland en Australië ». La France en fait partie.
Quant à Does It Play, son travail est décrit ainsi : « Does It Play test fysieke game-releases op de vraag of ze zonder servers, patches of internetverbinding speelbaar zijn. De organisatie heeft ruim 3.000 tests in haar database. » Un projet qui teste, un par un, si les jeux vendus en boîte fonctionnent réellement sans serveur, sans correctif et sans connexion. Plus de 3 000 tests en base.
Pourquoi c’est un sujet de joueur de RPG
On pourrait croire que le débat ne concerne que les jeux en ligne. C’est l’inverse. Le RPG est le genre où l’on revient à un jeu dix ans plus tard — pour refaire une campagne, pour retrouver une sauvegarde, pour faire découvrir un classique. C’est aussi le genre où l’on collectionne les éditions physiques, et celui où l’occasion a toujours joué un rôle, parce que les gros RPG coûtent cher et durent longtemps.
Si l’accès à un jeu dépend entièrement d’une boutique unique et d’une licence révocable, la question est-ce que je pourrai encore y jouer dans dix ans ? n’a plus de réponse garantie. C’est exactement le point que met en avant Does It Play avec sa base de tests, et c’est ce qui rend cette affaire néerlandaise intéressante bien au-delà des Pays-Bas.
Sources : l’annonce officielle du 10 août 2026 et l’actualité du 25 juin 2026 sur la première audience (Stichting Massaschade & Consument, en néerlandais) ; le billet du PlayStation.Blog du 1er juillet 2026. Liens non affiliés. Aucun lien commercial dans cet article.
Droits des joueurs, conservation, économie des plateformes : on suit ces dossiers à la source, sans reprendre les chiffres qu’on n’a pas lus. En cadeau de bienvenue, un scénario original complet, La Dernière Lanterne.
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FAQ
Qu’est-ce que l’action « Fair PlayStation » ?
Une action collective néerlandaise portée contre Sony par la Stichting Massaschade & Consument. Selon la page officielle de l’organisation, elle vise le fait que les jeux dématérialisés PlayStation ne s’achètent que via le PlayStation Store, ce qui supprimerait la concurrence.
Qui peut s’y inscrire ?
Toute personne aux Pays-Bas possédant une PlayStation 4 ou une PlayStation 5 et ayant acheté quelque chose sur le PlayStation Store depuis novembre 2013. L’inscription est présentée comme gratuite. L’action ne concerne pas les joueurs français.
Qu’est-ce que Stop Killing Games ?
Un mouvement fondé en 2024 par le vidéaste Ross Scott après qu’Ubisoft a éteint les serveurs de The Crew, rendant le jeu injouable pour ceux qui l’avaient acheté. Son initiative citoyenne européenne a recueilli 1,45 million de signatures vérifiées et débouché sur une audition au Parlement européen en avril 2026.
Qu’est-ce que Does It Play ?
Une organisation qui teste les sorties physiques de jeux pour vérifier si elles sont jouables sans serveur, sans correctif et sans connexion internet. Sa base compte plus de 3 000 tests selon l’annonce du 10 août 2026.
Que se passe-t-il en 2028 pour les jeux PlayStation ?
Sony a annoncé le 1er juillet 2026, sur le PlayStation.Blog, que la production de disques physiques pour tous les nouveaux jeux sortant sur consoles PlayStation cessera à partir de janvier 2028. Après cette date, les nouveaux jeux seront disponibles uniquement en format numérique, sur le PlayStation Store comme chez les revendeurs. Les jeux déjà sortis, ou qui sortiront avant janvier 2028 en disque, ne sont pas concernés.
De combien est le préjudice réclamé ?
L’organisation plaignante indique, dans une actualité du 25 juin 2026, qu’une étude économique commandée par elle chiffre un préjudice pouvant atteindre plus de 400 millions d’euros, pour plus de 1,7 million de joueurs néerlandais. Elle avance également une commission de 30 % prélevée par Sony sur chaque vente du PlayStation Store et un écart de prix moyen de 47 % entre une version numérique et la même version sur disque. Ce sont des allégations chiffrées par la partie demanderesse.
Sony a-t-il répondu ?
Aucune réaction publique de Sony à cette annonce n’était disponible au moment où nous avons écrit cet article. Les griefs présentés ici sont ceux de la partie demanderesse, et rien n’a été tranché par un tribunal. La première audience était fixée au 29 juin 2026 devant le tribunal de Midden-Nederland, sur la compétence du juge néerlandais et la recevabilité de la fondation ; nous n’avons pas trouvé de compte rendu de cette audience.